Etude 3D à partir du scanner d’une momie.

Etude 3D à partir du scanner d’une momie.

L’étude morphologique en imagerie est une étape incontournable de l’analyse scientifique des momies. Les momies sont des corps humains issus de sépultures et méritent à ce titre tout notre respect. Elles sont le vecteur de nombreuses informations qu’il serait dommage de ne pas exploiter. Il est donc nécessaire d’appliquer des méthodes d’étude les plus respectueuses de leur intégrité. Etant donné qu’il s’agit de restes humains anciens, les moyens d’imagerie médicale, destinés à l’homme, sont particulièrement adaptés.

Radiographie de momies:

La radiographie est utilisée depuis 1896 pour étudier les momies. C’est le seul moyen utilisable sur site (sur un champ de fouille ou dans un musée), sans avoir à trop déplacer la momie.
L’inconvénient est qu’il s’agit d’une imagerie de projection: tout le volume de la momie se retrouve sur une seule image 2D. Il est donc nécessaire de faire plusieurs radiographies dans des incidences (orientations) différentes afin de repérer les structures dans l’espace.
Par ailleurs, la radiographie ne permet de voir que les structures les plus denses, comme les os, ou le métal. De ce fait, les organes internes ou bien d’éventuelles amulettes en cire, peu denses, ne sont pas visibles.

Scanner (CT) des momies:

Le scanner ou tomodensitométrie (TDM, ou Computed Tomography (CT) en anglais) est l’examen que nous privilégions pour les momies. Il suffit d’installer la momie sur la table de l’appareil et on peut alors faire une étude complète du corps en moins d’une heure.

Nous avons mis au point un protocole d’examen spécifique aux momies car les protocoles habituels fournis par les constructeurs de scanner (et donc utilisés par les radiologues) ne sont pas adaptés: si les images ne sont pas bien réalisées au départ, on risque d’obtenir des données incomplètes. Or on n’a généralement pas la possibilité de revenir compléter le scanner a posteriori.

Une fois l’acquisition des images réalisée, la lecture et l’interprétation des données nécessite un avis d’expert. Notre expérience nous permet à la fois une bonne connaissance de l’anatomie et de la pathologie humaines, ainsi que des modifications liées à la momification pour ne pas faire d’erreur d’interprétation. Nous sommes capables de reconnaître les différents processus de momification et de rechercher par exemple des amulettes, y compris sous les bandelettes et à l’intérieur du corps (ex Fils d’Horus). A ce propos, les amulettes en cire, très peu denses et non vues en radiographie, sont parfaitement visibles au scanner.

Les trois principaux axes de recherche à partir du scanner d’une momie sont:
– l’anthropologie: déterminer l’âge et le sexe à partir de la morphologie des ossements et de la denture;
– la paléopathologie: recherche de signe en faveur d’une pathologie ou d’un traitement (trépanation, attelles, stigmates de fracture consolidée…);
– l’étude de la momification et de la conservation: y a t il eu excérébration et/ou éviscération (ablation respectivement du cerveau et des viscères), présence ou non du coeur, rembourrage avec des bandelettes ou d’autres matériaux, présence d’amulettes, position du corps sous les bandelettes…

Nous réalisons des images ou des animations 3D pour mettre en valeur les structures d’intérêt détectées (squelette, organes, amulettes ou autres éléments liés à la momification…), dans l’optique d’une publication ou d’une exposition.

Nos contacts nous permettent un accès large à de nombreux équipements en France et à l’étranger. Ce sont des appareils médicaux destinés aux patients et ils ne sont donc accessibles qu’en dehors des heures d’ouverture au public (le plus souvent après 18h, entre 12 et 14 heures ou le week end, selon les centres). Par ailleurs, il est nécessaire de garantir l’absence de transmission de germes des momies vers les patients (même si aucune transmission de ce type n’a été publiée scientifiquement). Pour cela, nous avons mis au point un protocole unique,  simple et efficace d’isolement des momies, validé par un Centre de Lutte contre les Infections Nosocomiales (CLIN) et déjà appliqué sur une quarantaine de momies.

 

 

 

IRM des momies:

C’est une technique beaucoup moins utilisée que nous ne proposons pas pour plusieurs raisons:

– les IRM sont très difficiles d’accès, car pas assez nombreuses en France;
– le coût est donc bien plus important, d’autant que l’examen est plus long; (au moins deux heures par momie);
– il est interdit d’introduire du métal dans une IRM: il faut donc avoir fait un scanner ou une radiographie avant pour être sûr qu’il n’y en a pas;
– l’irm se base en particulier sur la présence d’eau dans les tissus organiques, cette eau étant à l’état de traces du fait de la déshydratation des momies: la qualité des images obtenues est donc très variable et non prévisible;
– on n’est pas sûr de l’absence d’effets secondaires sur la conservation des momies: l’IRM pourrait être responsable de vibrations et d’échauffements sur une structure déshydratée. En effet, la littérature ne fait état que de la faisabilité de cette technique.

Scanner des momies animales:

Les momies animales peuvent également bénéficier  des moyens d’imagerie, en particulier du scanner, pour:

– déterminer s’il y a ou non un animal à l’intérieur, ou bien s’il y en a plusieurs;
– identifier précisément son espèce;
– rechercher des signes liés à son sacrifice (fractures vertèbres cervicales…);
– vérifier le processus de momification utilisé.

Là aussi des reconstructions 3D peuvent mettre en valeur les résultats pour publication ou exposition.